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Expire le 2022-04-15 Afficher le code 2mDEP7. Babonaux, Y., 1970, Le lit de la Loire, Étude d’hydrodynamique fluviale, Paris, Bibliothèque nationale, 252 p. Barraud, R., N. Carcaud, H. Davodeau, D. Montembault et C. Pordoy, 2013, Les épis de la Loire armoricaine, un héritage à la patrimonialité incertaine, Norois [en ligne], 228, pp. 39-52, DOI Beaudoin, F., 1989, La marine de Loire et son chaland, Les cahiers du musée de la batellerie, 12, 39 p. Billacois, F., 1964, La batellerie de la Loire au XVIIe siècle, Revue d’Histoire moderne et contemporaine, pp. 163-190. Bouni, C., 2013, Comment développer un projet ambitieux de restauration d'un cours d'eau ? Retours d'expériences en Europe, un point de vue des sciences humaines et sociales, Paris, Onema, 28 p. Bourreau, L., 2000, Restauration du lit de la Loire au droit de la chevrette de la Charité-sur-Loire, Rapport, 50 p. Bravard, et Magny M. dir., 2002, Les Fleuves ont une histoire. 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On reconnaît donc, d’une part, la dimension sociale des systèmes technologiques Ingold 2000 et, d’autre part, on cherche à appréhender les savoirs techniques indigènes » technical indigenous knowledge, TIK ; voir Sillitoe 1998, des formes de savoirs reflétant les compétences, les priorités et les systèmes de valeurs des sociétés concernées Sefa Dei et al. 2000 ; Ellen & Harris 2000. On parle d’ anthropologie de la compétence technique » anthropology of skill, Ingold 2001. 2La culture matérielle est le produit de l’interaction dynamique d’une communauté humaine par exemple, ici, une société villageoise avec son environnement naturel fig. 1. Ainsi, elle reflète à la fois les conditions environnementales et le cadre conceptuel de la communauté qui la produit. Les objets que cette communauté manufacture sont des créations sociales qui, non seulement remplissent toutes sortes de fonctions pratiques usuelles, mais également pénètrent les sphères sociale, économique, politique et religieuse ils participent des réseaux de partage et d’échange, exhibent des symboles de statut social et de prestige ou jouent un rôle majeur dans les activités rituelles. Ces objets, créations sociales, reflètent aussi le cadre conceptuel de cette société Barnes 1993. Ils sont des éléments constitutifs à part entière de la vie sociale et, à ce titre, ont eux-mêmes une vie sociale » Appadurai 1986, non seulement par leur usage, mais aussi par les processus de leur fabrication et de leur manipulation Lemonnier 1992. Et il convient alors de penser les objets comme des agents » agency, Gell 1998. Fig. 1. Femme dayak de retour des champs Source Bock 1881. 3La décoration de ces objets est une autre question. Les relations entre les formes des motifs dits décoratifs », les modalités de la nomination de ces motifs et la pertinence de leurs référents – référents immédiats éléments de la nature ou symboliques éléments mythologiques ou religieux – sont complexes et ont été peu étudiées fig. 2. Fig. 2. Décoration complexe d’une natte de rotin des Lisum de Kalimantan Photo de G. Perret, © B. Sellato. 4Pour Bornéo, un débat se poursuit depuis longtemps autour de l’interprétation des motifs des textiles des groupes Iban, entre la notion de motifs comme décoration » dénuée de sens, celle d’un système de nomination comme moyen mnémotechnique et celle d’une grille de référencement symbolique. La vannerie décorée de Bornéo ouvre un immense champ d’investigation techniques, formes, fonctions, bien plus vaste que celui des seuls textiles iban, et son étude permet de mieux examiner ces notions et d’en nuancer la portée. 5La vannerie est l’une des plus anciennes productions humaines – après les outils lithiques et, probablement aussi, les cordages et filets. Elle existe et fonctionne depuis plus de dix millénaires dans tous les aspects de la vie quotidienne. 6Les définitions varient. En français, on trouve fabrication d’objets tressés » Larousse, bien que la langue quotidienne ne distingue pas toujours clairement tressé » et tissé » la position des techniques de vanneries dans les classifications textiles » françaises n’est elle-même pas très claire ; voir Balfet & Desrosiers 1987. En anglais, le terme de basketry s’applique non seulement aux paniers, mais aussi aux nattes, chapeaux, nasses à poissons, etc. Adovasio 1977, mais le terme weaving au sens strict, tissage » est souvent utilisé également pour la vannerie. 7Tous ces objets peuvent, cependant, être traités comme un ensemble, parce que leur technique générale de fabrication est la même toutes les formes de basketry sont assemblées ou tissées » à la main, sans cadre ni métier à tisser, habituellement avec des fibres végétales Barnes 1993 – à quelques exceptions près voir Sellato 2012a, 2012b. Les relations historiques et génétiques entre vannerie et textile restent, d’ailleurs, à établir clairement. 2 Voir Balfet 1957, Emery 1966, Seiler-Baldinger 1973, Adovasio 1977, Dunsmore 1991, 2012, ... 8La classification de la vannerie est similaire à une taxinomie animale ou végétale, avec de grandes classes, subdivisées en types technologiques2 voir, par exemple, fig. 3. Les descriptions technologiques elles-mêmes montrent une certaine confusion. En français, j’utilise vannerie » dans un sens large ; en anglais, plaitwork après Novellino & Ertug 2006, également dans un sens large. Fig. 3. Trois principales catégories de techniques de vannerie Source Jones 1983 Histoire 3 Citons cependant Mason 1908 pour la Malaisie ; Loebèr 1902 et Jasper & Pirngadie 1912, puis B ... 9L’Asie du Sud-Est est une des régions du monde les plus prolifiques pour la production de vannerie et pratiquement toutes les techniques connues y sont représentées. Dans certaines de ses contrées, la vannerie a atteint un haut degré de perfection, tant pour la qualité technique que pour la maîtrise du design Barnes 1993 ; voir aussi Novellino 2006. Pourtant, les objets de vannerie de l’Asie du Sud-Est, leurs fonctions et leur signification n’ont pas vraiment retenu l’attention des chercheurs3. 4 Par exemple, Bléhaut 1997, Heppell et al. 2005, Maiullari 2011, Sellato 2012b, voir aussi Se ... 10Quant à Bornéo, où l’on trouve, à mon avis, les traditions de vannerie les plus riches, les plus diversifiées, les plus sophistiquées et esthétiquement les plus séduisantes de la planète, la littérature se réduit à de brèves mentions éparses entre 1850 et 1920, quelques articles entre les deux guerres mondiales par exemple, Woolley 1929, Tillema 1930, Swayne 1933 et quelques ouvrages récents qui lui font la part belle4. 11Les racines des traditions de vannerie de Bornéo et les influences successives qui les ont modelées doivent être envisagées dans le cadre historique large de l’Asie du Sud-Est fig. 4. Bornéo a vu transiter les plus anciennes migrations humaines, il y a plus de 50 000 ans, du continent vers l’Asie du Sud-Est archipélagique, l’Australie et l’Océanie. Fig. 4. L’Asie du Sud-Est et Bornéo Source Sellato 1989. 5 Voir Bléhaut 1997 et ses références à Jasper & Pirngadie 1912, Boisselier 1966, Bezacier 197 ... 12Pour ce qui concerne les influences stylistiques, les arts de Bornéo montrent des analogies frappantes avec ceux de la Chine du Sud cultures Chou et Dian, entre le xie siècle avant notre ère et le ier siècle de notre ère et de l’Indochine Cambodge, culture Dongson du Nord Vietnam, entre le xe siècle avant notre ère et le tout début de notre ère5. Plus tard, les cultures locales absorbèrent des influences indiennes, persanes et chinoises ; et plus tard encore, à partir des xvie et xviie siècles, des influences des mondes musulman et occidental. Matériaux 6 Sur ces plantes, voir MacKinnon et al. 1996, Puri 2001 ; sur ces relations, voir Sellato 1994, ... 13On trouve dans la forêt tropicale humide de Bornéo et ses divers écosystèmes forestiers une des plus fortes diversités végétales au monde fig. 5, dont un grand nombre d’espèces utiles certaines fournissent du bois pour la construction des maisons et des bateaux ; d’autres, des fibres pour la vannerie ; d’autres encore sont comestibles, médicinales, tinctoriales ou ont un usage rituel. Ainsi, les hommes vivent et subsistent dans, avec et par la forêt6. Fig. 5. Forêt tropicale humide à Dipterocarpaceae © B. Sellato. 14Le choix des plantes utilisées pour la vannerie fig. 6 repose surtout sur des critères pratiques disponibilité dans l’environnement naturel d’une communauté ; qualités pour une fonction donnée durabilité, résistance à l’eau ou à la vermine ; facilité de traitement souplesse des fibres ; en option, susceptibilité aux teintures. Fig. 6. Principales plantes utilisées pour la vannerie Source Sellato 2012b. 15Ce choix tend à perdurer dans une communauté, car la transmission des savoirs botaniques et des savoir-faire techniques se fait principalement à l’intérieur de la communauté. Il demeure pourtant sujet à des changements du fait d’influences culturelles extérieures et de certains processus internes d’innovation. Fonctions 16Deux critères majeurs déterminent les fonctions des objets manufacturés les ressources naturelles disponibles dans l’environnement d’une communauté et ses besoins de base pour assurer sa subsistance nourriture, protection contre les éléments, etc.. Les objets de vannerie destinés à servir pour subvenir à ces besoins sont utilisés pour l’agriculture, la chasse, la pêche, et dans le cadre domestique, en particulier dans la cuisine fig. 7. Fig. 7. Une profusion d’objets tressés d’usage quotidien Source Sellato 1989, 2012a. 17Des fonctions sociales et rituelles doivent aussi être prises en considération. Certains objets de vannerie remplissent d’importants rôles sociaux de convivialité, comme les nattes que l’on déroule pour recevoir des invités ou les paniers contenant les ingrédients pour chiquer le bétel. 18D’autres se présentent en deux versions l’une, ordinaire, d’un ustensile à usage quotidien et l’autre, raffinée, décorée, pour un usage rituel ou pour être montrée en public. Dans ce dernier cas – pour les grands chapeaux ou les porte-bébé, par exemple –, ils peuvent porter des motifs marqueurs de prestige ou de statut social et font souvent partie des objets à usage rituel conservés et transmis de génération en génération voir Sellato 1997, 2012b. Certains objets ordinaires, comme les chapeaux de travail ou les hottes de charge, se trouvent parfois en deux versions différentes selon les sexes fig. 8. Enfin, certains paniers utilisés dans des rituels ont totalement perdu leur fonction primaire de récipient. Fig. 8. Chapeaux de travail homme, femme et grand chapeau rituel © B. Sellato. Formes et techniques 19Les formes des objets, comme leurs dimensions, sont déterminées par leurs fonctions. Des chapeaux larges protègent mieux du soleil ou de la pluie que des chapeaux étroits ; et un petit panier porté à la taille est pratique pour semer le riz, tandis qu’un grand panier solide à bretelles est nécessaire pour transporter le produit de la moisson. 20Parmi les divers groupes de Bornéo, un même type d’objet peut être fabriqué en utilisant différentes techniques ; et une même technique peut être mise en œuvre pour fabriquer différents types d’objets. La fabrication d’un seul objet – par exemple, la hotte de charge à bretelles fig. 9 – peut nécessiter la mise en œuvre d’un grand nombre de techniques différentes. Fig. 9. Grande hotte de charge en rotin des hommes, Kenyah © B. Sellato. 21Le choix des techniques dépend non seulement de la disponibilité locale des matériaux et du savoir ethnobotanique, mais aussi de la transmission du savoir-faire technique. En effet, dans des environnements similaires et pour des fonctions identiques, formes et techniques varient avec les traditions locales, qui sont le produit de l’histoire culturelle des groupes concernés. 22Diverses formes de division du travail se rencontrent communément aux hommes, la collecte des plantes à fibres en forêt et la fabrication de produits durs », lourds ou grossiers nattes de sol ou de séchage, gros paniers de charge, nasses ; aux femmes, le travail de teinture, les vanneries de cuisine et les produits délicats » nattes fines décorées, etc.. Transmission 23Parmi les peuples traditionnels de Bornéo, chaque famille pouvait fabriquer un vaste répertoire d’objets sans recours à des artisans professionnels. Les savoirs et les savoir-faire traditionnels sont transmis par le verbe, l’observation et la pratique voir Puri 2013. Ils couvrent trois domaines une connaissance botanique des ressources végétales et de leurs usages fig. 10 ; puis une expertise technique, d’abord pour le traitement des plantes à fibres et des plantes tinctoriales, ensuite pour les techniques de vannerie ; enfin, une maîtrise d’un inventaire de motifs décoratifs fig. 11. Fig. 10. Sélection des tiges de bambou pour tresser des paniers © B. Sellato. Fig. 11. Inventaires de motifs 1 Kelabit, Sarawak 2 Tingalan/Agabag, Kalimantan Nord Sources 1 Mashman 2012 ; 2 Sellato, notes inédites. 24La transmission de ces savoirs est à la fois verticale, de parent à enfant ou, plus généralement, d’une génération à la suivante, au sein d’une même communauté observation et jeu, puis pratique progressive, et latérale, par diffusion entre communautés voisines voir Sellato 2015. Dans le premier cas, elle tend à promouvoir un certain conservatisme ; dans le second, elle est génératrice de changement. Motif, nom, signification 25Les motifs décoratifs sont le plus souvent nommés d’après des éléments du milieu naturel local. Mais qu’y a-t-il derrière ces noms ? Quelle relation y a-t-il entre le motif et son nom ? Entre le nom et une possible référence culturelle ? Et qu’en est-il de la valeur symbolique d’un motif voir Sellato, sous presse ?. Motif, pattern, design 26La littérature anglophone sur ce sujet démontre une certaine incohérence dans l’usage des termes motif, pattern, et design. En anglais, ces trois mots ont des champs sémantiques vastes, qui se recouvrent partiellement, et le français est tout aussi déconcertant. 27J’appelle motif » en français et en anglais une unité décorative minimale ; il s’agit de motifs élémentaires », de simples motifs de base simple and basic ; Bléhaut 1997 66, construits à partir d’un petit nombre de brins par exemple, les motifs œil de pigeon », crochet », triangle » ou, ci-dessous, torse ». J’appelle pattern » d’après l’anglais ; les termes français modèle » ou patron » sont ambigus ce qui résulte d’une élaboration plus complexe à partir d’unités minimales par la répétition linéaire d’un motif ici, chaîne de torses ; ou par un arrangement d’un même motif en deux dimensions ici, pour former un octogone, ou une chaîne d’octogones ; ou encore par un arrangement bidimensionnel de plusieurs patterns, générant d’autres patterns plus complexes fig. 12. Et je considère le terme design » comme renvoyant à l’idée de conception d’un objet, ou de sa décoration, dans son ensemble, et donc, de la vision qu’on en a avant et pendant sa construction. Ce choix des termes et de leur usage, bien sûr, n’est qu’affaire de convention. Fig. 12. Le motif de torse » et l’élaboration de patterns ; chaîne linéaire de motifs séparés 1, 2 ou liés 3 ; octogones de quatre torses, en chaîne linéaire 4, ou reliés, en deux dimensions, pour former des étoiles 5 ; construction complexe de différents types de torses stylisés, d’octogones et d’étoiles 6 Sources diverses. 28Les contraintes techniques de la vannerie ont probablement permis l’apparition indépendante dans divers groupes de Bornéo, comme ailleurs dans le monde, d’un même ensemble de petits motifs de base œil de pigeon », triangle », serpent » ou ver », etc. fig. 13 ; voir aussi Roth 1968, Klokke 2012. Fig. 13. Exemples de petits » motifs Sources diverses. 29Pour les patterns, plus complexes, il est difficile de déterminer si la présence d’un même pattern dans des régions distantes résulte d’innovations indépendantes ou de diffusion historique. Dans Bornéo même, on trouve des patterns très similaires chez les Iban du nord-ouest et chez les groupes du sud de Sabah, au nord-est, deux ensembles ethnoculturels qui semblent pourtant n’être entrés en relation qu’à une époque relativement récente. 30On peut, en fait, envisager trois explications un contact historique entre ces groupes ; des innovations indépendantes convergentes ; et l’existence d’un ancien fonds culturel commun et la survivance indépendante de certains traits chez des groupes géographiquement distants. En l’état actuel de nos connaissances, il est souvent impossible de trancher. 31Les motifs et patterns sont aussi susceptibles d’évoluer de façon différente, selon les groupes ethniques et leurs styles décoratifs particuliers. Ceci peut se produire par stylisation ou simplification d’un motif ; ou, au contraire, par son expansion ou son développement ; ou encore par une réinterprétation. Par exemple, le motif du chien » fig. 14. Cette évolution est d’autant plus marquée pour des motifs sur des supports matériels différents, dégagés des contraintes techniques de la vannerie découpage, sculpture, peinture murale, tatouage. Fig. 14. Le chien » motif standard 1 ; stylisation en têtes de chien », liées pour former un pattern bidimensionnel 2 ; développement en chien-dragon » avec cornes 3 ; chien » stylisé sur un support plus libre découpage 4 Sources diverses. 32Pour revenir à la vannerie, et malgré ces contraintes techniques, la créativité des différents groupes a permis l’élaboration d’une immense variété de motifs et de patterns, dont certains sont même devenus emblématiques de certains groupes ou de certaines régions. Au-delà des motifs élémentaires, ces patterns sont le produit de l’histoire culturelle singulière de chaque groupe ethnique, qui conduit à l’élaboration de styles » ethniques régionaux distinctifs et immédiatement identifiables fig. 15. De tels styles décoratifs de vannerie sont devenus iconiques de certains groupes ethniques et contribuent à maintenir et à développer dans ces communautés marginalisées un vigoureux sentiment identitaire voir infra et Sellato 2017. Fig. 15. Six styles ethniques aisément identifiables 1 Kayan, 2 Punan, 3 Iban, 4 Melawi, 5 Uut Danum, 6 Tingalan Source Sellato 2012a. 33Dans les récentes décennies, l’innovation individuelle, un processus très dynamique à Bornéo, s’est souvent affranchie des normes traditionnelles pour engendrer de nouveaux styles décoratifs particuliers fig. 16. L’innovation a également recours à de nouveaux matériaux disponibles sur le marché, que ce soit pour les fibres de vannerie ou pour les colorants. Fig. 16. Natte contemporaine des Iban de Sarawak, avec carabine, sac à main, hélicoptère, et message tressé © M. Heppell. Nom et signification 34Les noms donnés aux motifs et aux patterns peuvent avoir diverses origines le plus souvent, ils viennent de la nature environnante fleurs, fruits, oiseaux ou autres animaux ; ou d’objets manufacturés crochet, lame de lance ; parfois, du nom d’une personne supposée avoir inventé ou introduit le motif, ou encore d’un groupe ethnique voisin dont le motif a été emprunté ; ou encore d’un personnage mythique représenté par le pattern. 35Depuis la période coloniale, les auteurs sur Bornéo sont en désaccord quant à l’importance du nom d’un motif pour une appréhension de sa signification et de sa valeur symbolique. Ce débat est demeuré centré sur les textiles des Iban de l’ouest de l’île. Comme beaucoup l’ont noté, les noms des motifs varient très largement d’un groupe ethnique à l’autre. Même à l’intérieur d’un groupe, les experts ne sont pas d’accord Haddon & Start 1982 [1936]. 36En ce qui concerne la vannerie, s’il est vrai que les motifs géométriques les plus élémentaires œil de pigeon », crochet » se retrouvent partout à Bornéo sous le même nom, d’autres, presque aussi élémentaires, sont connus sous des noms différents fig. 17. Ainsi, le motif de triangle est appelé pousse de bambou » par les Iban comme ailleurs dans le monde malais, bouton de l’aréquier » par les Ngaju, fer de lance » par les Kenyah et épine de dourion » par les Aoheng. Ce motif, de plus, est sujet à variation et à composition par exemple, deux rangées opposées de pousses de bambou » forment un motif de losange. Presque aussi simple et basique, de par les contraintes du tressage, l’étoile à huit branches se retrouve dans le monde entier. À Bornéo, elle est appelée fleur » par les Iban, fruit du mangoustan » par les Ngaju, empreinte de tigre » par les Aoheng, etc. Fig. 17. Le triangle et ses variantes à gauche et l’étoile à huit branches Sources diverses. 37Des motifs moins géométriques – plus figuratifs », si l’on peut dire – sont aussi nommés de façon confondante. Retournons au motif que j’ai nommé torse », que l’on peut interpréter comme un personnage aux mains sur les hanches. Si, généralement à Bornéo, son nom est personne », il est connu dans ses formes plus ou moins stylisées comme chauve-souris » chez les Aoheng, faucon » chez les Ngaju, et lames » chez les Kenyah. Quant au motif de chien », c’est pour les Ngaju un cerf », une chèvre » ou un buffle ». 38Dans certaines communautés, de nombreux motifs n’ont pas ou plus de nom, ce qui suggère que la relation entre un motif et le nom par lequel il est connu n’est souvent ni pertinente ni constante. Les quelques auteurs qui ont établi des inventaires de motifs et se sont intéressés à leurs noms Klausen 1957, Tillema 1930 ont souligné la difficulté à interpréter les motifs à partir de leurs noms Woolley 1929. 39Ceci appelle une première question comment les motifs sont-ils nommés ? Comme le note Bléhaut 1997, en admettant qu’un motif représente ce que son nom suggère, comment savoir si c’est le fait d’une intention a priori de l’artisan, avant la fabrication de l’objet, ou bien d’une coïncidence post facto, de l’interprétation d’une ressemblance du motif avec une forme particulière ? 40Parmi les Iban, Munan et Noel 2012 relèvent que chaque artisane nomme la natte qu’elle vient de terminer comme elle le juge bon, puisqu’un nouveau pattern a pu lui être révélé par un rêve ; ainsi, elle seule peut raconter l’histoire du pattern de sa natte. Et pour les textiles pua’, Heppell 2005 souligne que seule la personne qui a tissé le pua’ connaît le nom de son pattern, nom qu’elle transmettra aux membres de sa famille. À propos de la vannerie des Kelabit de Sarawak, Mashman 2012 note que les motifs ou patterns ne représentent pas les objets d’après lesquels ils sont nommés et que les Kelabit disent explicitement que les motifs n’ont pas de signification. Il faut alors, ici, voir le nom d’un motif comme un simple aide-mémoire. Chez les Orang Ulu Davy Ball 2009, les motifs en rangées ou en blocs ne sont considérés par les artisans et les membres de la communauté comme rien d’autre que de la décoration et même les anciens n’y voient rien de symbolique. 41La conclusion, alors, serait que les noms des motifs et patterns ne sont que des étiquettes », qui forment un système de référence mnémotechnique ; c’est la conclusion de Gavin 1996, 1997, 2003 pour les textiles des Iban. Bien sûr, un tel système mnémotechnique varie d’un village à un autre. Pourtant, une telle étiquette » pourrait bien n’être que ce qui demeure dans la mémoire collective lorsque toute autre information concernant le motif aura été oubliée, comme le suggère Bléhaut com. pers. 2010. Valeur Symbolique 42En effet, on trouve parfois une histoire, plus ou moins élaborée, derrière un motif et son nom. Le pattern folie » mad pattern des Murut représente, dit-on, le parcours labyrinthique d’une femme qui perdit son chemin en forêt et tourna en rond jusqu’à en perdre la raison fig. 18. On peut bien penser qu’il s’agit d’une explication a posteriori, le point important reste qu’un narratif existe, associé au motif et à son nom, et que ce n’est pas, et de loin, un cas isolé. Fig. 18. Exemple de pattern folie » namboyunan Sources Woolley 1929, Sellato 2012b 43La décoration de certains objets de vannerie – nattes, chapeaux, paniers – raconte parfois des histoires beaucoup plus complexes. C’est le cas de certains objets rituels des Uut Danum et des Ngaju du sud de l’île fig. 19. Couderc 2012 explique que ces décorations décrivent des héros mythiques, des divinités, des esprits, ou des scènes de rituels, et qu’elles ont une signification socio-religieuse profonde. Des nattes décorées des Iban sont imprégnées de pouvoir spirituel, associé aux motifs qu’elles portent, comme le motif de dragon. Tressées par des vannières fameuses, certaines reçoivent des titres honorifiques ; et dormir sur une telle natte, couvert d’un textile pua’, induit des rêves importants Heppell, com. pers. 2009. Fig. 19. Natte des Uut Danum à motif de dragons 1 ; grand chapeau uut danum montrant un personnage céleste 2 ; natte des Ngaju montrant, portée par un dragon, la nef des âmes sur laquelle se tient le festival funéraire 3 Sources 1 Couderc 2012, 2 Couderc 2012, 3 © M. Johnson. 44À créer de tels motifs spirituellement puissants, on encourt un risque majeur et une tisserande iban inexpérimentée peut en mourir Heppell 2005. Chez les Rejang, trois motifs sont frappés d’interdit, le chien, le crocodile et l’éléphant, et l’on risque d’être frappé de cécité en les créant Swayne 1933. Chez les Aoheng, celui qui tatoue un motif de dragon doit recevoir un paiement rituel en contrepartie du risque spirituel encouru Sellato 2012a. 45Il est clair, alors, que certains motifs ont une signification, aussi bien qu’un pouvoir spirituel, ne serait-ce que par la croyance en un risque encouru en les créant. Dans ce cas, le point important est la référence, plus que le nom. Chez les groupes du haut Mahakam, du fait de la croyance en un danger spirituel associé à l’énonciation du mot dragon », on utilise le terme chien » comme un pseudonyme pour désigner le dragon. Pour la même raison, en France, on disait morbleu » pour s’abstenir de blasphémer en prononçant le nom de Dieu ou ventre saint-gris » pour éviter de jurer par le Saint-Esprit » voir, en anglais, gosh ou golly pour contourner God. 46Ainsi, le chien » remplace le dragon », la toute-puissante déesse dragon. De même, le lézard » remplace le puissant crocodile ». L’incohérence des noms de motifs, alors, n’est plus un fait incongru. Il faut regarder au-delà des noms, vers les référents, les concepts auxquels les noms renvoient. Par exemple, chez les Iban, nous dit Bléhaut 1997, les noms de diverses fleurs ou feuilles qui ont, plus ou moins, la même forme, renvoient tous à l’idée de fragrance » et sont de fait rituellement associés aux têtes coupées, garantes de fertilité. De même, chez les Kayan et d’autres groupes, le chien », le cerf », le buffle » et, parfois, le tigre », avatars dans le monde d’ici-bas de la déesse dragon, renvoient tous au monde inférieur, c’est-à-dire, aux eaux, à la fertilité de la terre et des cultures, à la fécondité des femmes et, enfin, à la prospérité de la communauté. 47Les motifs représentant, explicitement ou non, des divinités, de puissants esprits, des têtes coupées, sont donc dangereux à nommer et à manipuler. Des objets portant de tels motifs sont manufacturés pour des raisons rituelles et sont utilisés lors de festivals religieux ; c’est le cas de certaines nattes des Ngaju et des Uut Danum, de certains pua’ des Iban ou de certains chapeaux des Kenyah. Les noms de ces motifs et, tout autant, leurs pseudonymes, lorsqu’ils sont identifiés, sont tout à fait porteurs de sens, ainsi que d’une valeur symbolique marquée. 48Une première conclusion globale s’avère et s’impose il faut éviter les généralisations. Certains motifs et patterns sont, effectivement, de la décoration, géométrique, dénuée de signification, tandis que d’autres sont de très puissants symboles. Entre ces deux extrêmes, cependant, une variété de cas se présente. 49D’abord, il convient de remarquer que le degré de valeur symbolique d’un motif peut varier avec le lieu et le temps, avec les groupes ethniques et avec le type d’objet qui le porte par exemple, le motif du personnage accroupi aux bras levés fig. 20 n’a sans doute pas la même prégnance symbolique lorsqu’il figure sur un panier ou une natte de repos ordinaire des groupes du sud de l’île, ou sur un grand chapeau rituel ou un porte-bébé de fête des Kenyah ou des Kayan du nord ; en effet, chez ces derniers groupes, dont les sociétés sont stratifiées, ce motif, figurant un esclave, est strictement réservé à l’usage des familles nobles, pour qui il constitue un élément visuel manifeste de statut social. Il est donc important de prendre en compte le contexte de la production et de l’usage de l’objet et du ou des motif/s qu’il porte. Fig. 20. Motifs de personnage accroupi sur une natte de repos uut danum 1 et un panier benua’ 2 ordinaires ; sur un chapeau rituel kenyah 3, un porte-bébé kayan 4 et une natte rituelle ngaju 5 Sources diverses. 50De plus, sur certains objets, des motifs semblent se tenir quelque part entre la décoration dénuée de portée et le symbole empreint de pouvoir. Il est évident, dans de nombreux cas, qu’il y a là plus que de la décoration. Leur précise raison d’être, cependant, est difficile à cerner s’agit-il de magie sympathique ? de charmes de protection ? de référence à des rêves ou à des légendes ? On peut juste en dire que des motifs apparaissant en contexte rituel ne sont probablement pas là par hasard. Ceci vaut même pour certains motifs élémentaires ainsi, le motif de pleine lune » un simple cercle, qui serait symboliquement associé à la femme nubile, est présent sur les paniers en usage dans les rituels de mariage Bléhaut, com. pers. 2010. 51Il en va de même, a fortiori, quand il s’agit de motifs puissants, souvent sous forme stylisée, reproduits sur des ustensiles communs, voire triviaux ainsi, un chien-dragon » gravé sur un fourreau de sabre d’abattis, un couteau à moissonner, ou une bête cuiller en bois. Lorsque l’on grave un motif de dragon, peut-on supposer, on invoque la déesse dragon et, en même temps, on crée un nouvel esprit dragon, et l’on place l’ustensile ainsi dédié et peut-être aussi soi-même et son action ou son activité sous la protection de la déesse. Mais il semble ne pas y avoir ici d’interdit, ni de risque spirituel associé au motif, la cuiller étant souvent jetée après usage. 52Pour conclure cette section, on peut se dire que, comme une culture dans son ensemble ou tout sous-domaine d’une culture, un inventaire de motifs, en tout lieu et à tout instant, est le résultat en cours d’évolution d’un bricolage » ad hoc, le produit ponctuel de l’histoire singulière du développement interne d’une communauté humaine donnée et de ses interactions sociales et culturelles avec ses voisines voir Sellato, sous presse. Le chercheur, dans un tel inventaire, aimerait repérer un système cohérent de dénomination et de référence, des règles, des normes, mais il devra se résigner à n’en point trouver. Cependant, par son travail, l’artisan, tisse le monde » et ainsi, au jour le jour, crée la culture » Ingold 2000. Vannerie, société et identité aujourd’hui 53Dans cette île de quelque 750 000 km2 vivent des centaines d’entités ethnoculturelles distinctes, chacune avec son langage et ses traditions propres, et dont les circonstances particulières varient considérablement. C’est le cas, de manière flagrante, entre les parties malaysienne et indonésienne et c’est à une vitesse variable que l’ouverture progressive des régions isolées de l’intérieur à l’éducation, à l’économie de marché, aux nouveautés technologiques, aux média et aux télécommunications, a concouru à modifier ces sociétés. 54Les pratiques artisanales traditionnelles ont souffert de cette évolution de nombreux types d’objets, rendus obsolètes par la disparition de leur fonction, ont disparu et plus encore le seront à terme ; d’autres ont été remplacés par de nouvelles formes adaptées à des fonctions similaires ; d’autres, enfin, ont été développés pour servir de nouvelles fonctions. Pour ce qui concerne la vannerie, l’accès des villageois à leurs ressources végétales sauvages fibres et teintures s’est trouvé fort restreint par l’exploitation forestière intensive et l’expansion des plantations de palmier à huile. Dans le même temps, de nouveaux matériaux fibres, plus résistants, sont devenus disponibles, ainsi qu’une vaste palette de colorants synthétiques. 55Aujourd’hui, certains objets de vannerie artisanale ont trouvé des marchés et certains artisans ont choisi de devenir professionnels. Le marché du souvenir touristique » boutiques d’hôtels ou d’aéroports est en forte croissance et celui de l’art primitif collectionneurs, musées a commencé de se développer, transférant ces crafts vers la catégorie des arts. L’artisanat, perçu comme un élément potentiel important de l’économie touristique et en passe de devenir une industrie, engage divers acteurs, internationaux UNESCO, FAO, ASEAN, nationaux offices gouvernementaux dédiés, non-gouvernementaux ONGs laïques ou confessionnelles ou privés programmes de responsabilité sociale » de grosses entreprises, ou petits investisseurs. Ces acteurs s’appliquent à développer de nouveaux produits commerciaux pour l’exportation, plutôt qu’à sauvegarder des types d’objets traditionnels en voie de disparition voir Sellato 2012a. En comparaison des situations antérieures, on observe alors, le plus souvent, une réduction du répertoire d’objets produits, ainsi qu’une baisse notable de qualité. 56Certains objets de vannerie, particulièrement ceux qui, dans le passé, possédaient une fonction rituelle ou constituaient des marqueurs de statut social, ont évolué pour devenir, parfois sous une forme modernisée, des marqueurs identitaires, y compris pour des groupes ethnoculturels de très petite taille. Ainsi, par exemple, des grands chapeaux décorés des Aoheng ou des porte-bébé des Kenyah. Ailleurs, chez les Bidayuh ou les Lun Dayeh, un panier et un chapeau décorés, combinés, font désormais partie d’un costume ethnique », un uniforme, fièrement porté lors de cérémonies mariages, d’événements officiels fête nationale ou de festivals culturels, surtout en contexte multi-ethnique, et soutiennent un peu partout l’élaboration, la représentation et l’exhibition de styles ethniques » voir supra aisément identifiables, donc à haute valeur identitaire voir Sellato 2012a, 2012b, 2017. Parmi les communautés ethniques de l’intérieur établies en milieu urbain, ceci prend une nette dimension d’activité folklorique. 57Ces quelques objets particuliers des cultures matérielles traditionnelles, participant des réseaux de partage et d’échange, exposant des symboles de statut social et de prestige, ou jouant des rôles majeurs dans les activités rituelles, ont survécu sous des formes modernes pour devenir des icônes de la tradition » Taylor 1994, qui contribuent vigoureusement à la résistance à l’érosion des patrimoines et au maintien d’identités ethnoculturelles menacées.

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